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Le téléphone d'amour...
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à un(e) ami(e)
Par : Asha Amnour,
auteure érotique
Site :
http://www.amnour.com
En France, toute personne entre douze et soixante-dix
ans possède un téléphone portable,
mais comment se fait-il qu’un objet si répandu
n’ait pas un vrai nom?
Les Suisses emploient le joli petit mot de
Natel pour le désigner, alors que nous
ne savons pas exactement comment nommer le nôtre,
utilisant tantôt le terme ambigu de portable
comme pour l’ordinateur ou celui inélégant
de mobile, j’ai aussi entendu l’incompréhensible
GSM ou celui beaucoup plus juste, mais anglophone
de pocket-phone.
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Le raccourci français était déjà
attribué à un programme de télévision
avec télépoche, mais il restait tout de
même phone-poche. À force d’essais
barbares, on lui rend peu à peu tout simplement
le nom de son ancêtre le bon vieux téléphone.
En fait, notre téléphone est devenu beaucoup
plus qu’un objet de communication, il est si utile
qu’on ne peut plus s’en passer. Le moindre
de nos désirs peut être immédiatement
satisfait grâce à lui et il sert à
tant de fonctions qu’il mériterait plusieurs
noms : agenda, réveil, radio, chronomètre,
baladeur, appareil photo, télévision,
entremetteur, blocs-notes, bijou et même vibromasseur.
Et ne me dites pas, Mesdames, que vous avez attendu
la sortie de ce téléphone en forme de
god pour tester le vibreur de votre portable. Quoi de
plus charmant que de le ranger dans notre petite culotte
en attendant l’appel de notre homme! C’est
tellement un succès qu’il est récemment
sorti un vibro qui se met en marche par simple appel
téléphonique; rangé bien au chaud,
il attend impatiemment que notre partenaire complice
compose le numéro magique. Un conseil : éviter
le string ce jour-là, l’attente est si
excitante que vous allez copieusement mouiller et vous
risqueriez de le perdre en marchant. Et même sans
mec, on a toutes essayé de s’appeler depuis
notre fixe, le portable réglé sur vibreur,
bien calé entre nos cuisses serrées. Au
bout de quatre sonneries, les novices ont le petit souci
de tomber sur leur répondeur, qu’à
cela ne tienne, on y dépose un gentil message
à notre intention et on recommence. Les habituées
finissent par le désactiver, c’est ainsi
qu’on reconnaît les grosses coquines…
à qui on ne peut plus laisser de messages!
Et ne culpabilisez surtout pas, la quête du plaisir
n’est pas un phénomène féminin,
tous les hôpitaux vous raconteront qu’ils
voient régulièrement arriver aux urgences
des hommes qui émettent une valse de Strauss
ou des drelins divers et variés à cause
d’un téléphone resté bloqué
qui remonte peu à peu dans l’intestin parce
qu’ils l’ont enfilé dans le mauvais
sens!
Souvenez-vous à ses débuts les frimeurs
qui se faisaient valoir en recevant leurs appels téléphoniques
comme s’ils étaient quelqu’un d’important,
au resto, au ciné, dans le métro, en voiture,
aux toilettes, le téléphone avait tous
les droits et surtout celui de vous isoler de ceux avec
qui vous étiez quand vous receviez l’appel.
Avec sa nouvelle fonction, vibreur en continu, nous
allons bientôt nous passer de relations en chair
et en os et nous contenter d’auto satisfaction.
Il nous aura complètement accaparées,
nous ne saurons plus nous passer de cet objet plus répandu
qu’une montre et qui n’a pas vraiment un
nom comme s’il ne faisait que passer en attendant
d’être miniaturisé et transplanté
en nous. Mes copines avec qui nous en parlions récemment
m’ont assuré que le cas n’était
pas unique, ainsi toutes celles (et elles sont nombreuses)
qui s’enfilent les mecs comme des perles ramassées
sur Internet ne savent pas à qui elles ont à
faire et évitent de prononcer le prénom
que s’est donné notre homme, persuadées
qu’il a de toute façon menti. En fait,
ce qui donne du plaisir est innommable.


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